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Analyses Marché·8 min de lecture

Baisse du cours de l’or : 21 % sous son record, ce que Wall Street a en tête

Analyse de marché, 3 septembre 2026. L’once a touché un plus bas de deux semaines le 1er septembre, à 4 325 dollars en clôture, soit près de 22 % sous son record du 28 janvier. Derrière le repli, moins la géopolitique que la Réserve fédérale.

Lingots d'or fin sur un bureau de trading, courbe du cours de l'or en baisse en arrière-plan

En brefLecture 40 s

  1. 01L'once a clôturé à 4 325 $ le 1er septembre, 21,8 % sous le record de 5 589 $ du 28 janvier.
  2. 02Le vrai moteur du repli est la Fed : la probabilité d'une hausse de taux est passée de 39,6 % à 66,4 % pour la réunion des 15 et 16 septembre.
  3. 03Les ETF ont vendu 45 t au deuxième trimestre quand les banques centrales achetaient 289 t : la correction reste une correction, pas un retournement.
  4. 04En euros, le gramme est passé de 128,40 € le 25 août à 120,06 € le 1er septembre, avant de rebondir à 124,61 € le 3 septembre.
− 21,8 %
sous le record du 28 janvier
4 325 $
l'once en clôture le 1er septembre
66,4 %
probabilité de hausse de la Fed (CME FedWatch)
+ 289 t
achats des banques centrales au T2 2026
Sommaire
  1. Les faits : du record de janvier au creux du 1er septembre
  2. Le paradoxe iranien : pourquoi la guerre fait baisser l’or
  3. La Fed de Warsh et le mur des rendements
  4. Deux marchés de l’or : les ETF vendent, les banques centrales achètent
  5. Ce que cela change en euros
  6. Les deux scénarios de septembre
  7. Ce qu’il faut en retenir, selon que l’on achète ou que l’on vend

Il y a sept mois, l’or valait 5 589,38 dollars l’once. Le 28 janvier 2026, en séance, le métal inscrivait le plus haut de son histoire, porté par une année 2025 à plus de 60 % de hausse, des achats de banques centrales jamais vus et une prime de risque géopolitique au plus haut. Le 1er septembre, la même once s’échangeait 4 325 dollars. Entre les deux, une correction de 28 % jusqu’au creux de juillet, autour de 4 050 dollars, un rebond d’été d’une dizaine de pour cent, puis une rechute de plus de 3,5 % en deux séances à la charnière août-septembre. Pour un actif réputé « refuge », la séquence a de quoi dérouter. Elle est pourtant lisible, à condition de regarder au bon endroit : pas au Moyen-Orient, mais à Washington.

Les faits : du record de janvier au creux du 1er septembre

Reprenons la chronologie. Après le pic de janvier, l’or a subi la plus forte correction trimestrielle depuis 2013. Trois forces, toutes identifiables, ont joué : le virage restrictif de la Réserve fédérale sous la présidence de Kevin Warsh, des prises de bénéfices massives après l’envolée de 2025, et l’effet paradoxal du conflit irano-américain, sur lequel nous reviendrons. Le creux de juillet, vers 4 046 dollars, a ensuite laissé place à un rebond appuyé : près de 10 % de hausse en août, jusqu’à un plus haut de trois mois dans la dernière semaine du mois, entre 4 450 et 4 500 dollars.

Le retournement est daté. Le 30 août, les forces américaines frappent des lanceurs de roquettes iraniens sur l’île de Larak ; Téhéran riposte par des tirs de missiles balistiques sur deux bases américaines en Jordanie. Le lundi 31 août, l’or baisse. Le mardi 1er septembre, il baisse encore : 4 374 dollars au comptant en séance, en repli de 71 dollars, et 4 325 dollars en clôture pour le contrat de référence, en recul de 2,86 %. Le 2 septembre, l’ouverture se fait au plus bas depuis deux semaines. À ce niveau, l’once cote 21,8 % sous son record.

3 7684 4685 1675 86728 janv.5 589 $juillet4 046 $fin août≈ 4 480 $1er sept.4 325 $
Tracé schématique à partir des niveaux cités · once en dollars, 2026

Le paradoxe iranien : pourquoi la guerre fait baisser l’or

Le réflexe de l’épargnant est connu : les canons tonnent, l’or monte. Ce réflexe a fonctionné en 2024 et en 2025. Il ne fonctionne plus, et la raison tient en une chaîne de causalité que les salles de marché ont intégrée avant le grand public. Chaque escalade dans le détroit d’Ormuz fait monter le pétrole. Un pétrole plus cher relève les anticipations d’inflation. Une inflation qui ne redescend pas oblige la Réserve fédérale à durcir le ton, donc à envisager une hausse de ses taux. Et des taux plus élevés sont, mécaniquement, l’ennemi d’un actif qui ne verse ni coupon ni dividende.

La chaîne de causalité

  1. 01Escalade dans le détroit d'Ormuz
  2. 02Le pétrole renchérit
  3. 03Les anticipations d'inflation remontent
  4. 04Une hausse des taux de la Fed devient plus probable
  5. 05L'or, qui ne verse ni coupon ni dividende, recule

Autrement dit, le marché ne lit plus l’Iran comme un risque à couvrir avec de l’or, mais comme un facteur d’inflation qui rapproche une hausse des taux. C’est ce que Bloomberg résumait le 31 août : l’or se stabilise après deux jours de baisse « alors que la flambée au Moyen-Orient renforce les paris sur une hausse de la Fed ». La prime géopolitique existe toujours ; elle est simplement dominée par la prime de taux.

La Fed de Warsh et le mur des rendements

Les chiffres sont sans ambiguïté. Selon l’outil FedWatch du CME, la probabilité d’une hausse de 25 points de base lors de la réunion des 15 et 16 septembre est passée de 39,6 % à 66,4 % en une semaine, certains relevés la portant à 70 % le 1er septembre. Le déclencheur : des propos de Kevin Warsh indiquant que la Fed avait encore « du travail à faire » sur les prix, et une inflation entretenue par l’énergie.

Le marché obligataire a suivi. Le rendement du Trésor américain à 10 ans est revenu vers 4,7 %, après avoir touché 4,696 % en août ; le 2 ans s’est installé au-dessus de 4,17 % et le 30 ans a franchi 5,26 %. Le dollar s’est raffermi dans le même mouvement. Pour un gérant new-yorkais, l’arbitrage est brutal : un bon du Trésor à 10 ans rémunère près de 4,7 % sans risque de prix, quand l’or ne rapporte rien et vient de perdre un cinquième de sa valeur. Le coût d’opportunité de détenir du métal n’a pas été aussi élevé depuis le début du cycle haussier.

Le coût d'opportunité de détenir du métal n'a pas été aussi élevé depuis le début du cycle haussier.

Emmanuel Legendre

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Deux marchés de l’or : les ETF vendent, les banques centrales achètent

C’est le point que les commentaires quotidiens négligent, et c’est pourtant celui qui compte pour la suite. Le même métal, au même prix, fait l’objet de ventes massives d’un côté et d’achats records de l’autre.

Côté vendeurs, les fonds indiciels adossés à l’or physique ont enregistré des sorties nettes de 45 tonnes au deuxième trimestre 2026, concentrées en Amérique du Nord, après des rachats déjà lourds en mars. Ce sont des capitaux tactiques, sensibles au rendement réel et au dollar : ils sortent quand les taux montent, ils reviendront quand ils baisseront.

Côté acheteurs, les banques centrales ont acquis 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, en hausse de 62 % sur un an, après 244 tonnes au premier trimestre : plus de 530 tonnes sur le semestre, un rythme inédit. La Banque nationale de Pologne a acheté 51 tonnes sur le seul deuxième trimestre, 82 tonnes depuis janvier ; la Banque populaire de Chine a ajouté 33 tonnes, sa plus forte hausse trimestrielle depuis fin 2023. Ces institutions n’arbitrent pas contre le 10 ans américain. Elles diversifient leurs réserves hors dollar, à horizon de dix ou vingt ans, et la baisse des cours ne les fait pas fuir : elle les fait acheter.

ETF or · T2 2026

− 45 t

Sorties nettes, concentrées en Amérique du Nord, après des rachats déjà lourds en mars.

Banques centrales · T2 2026

+ 289 t

Achats nets, en hausse de 62 % sur un an. Plus de 530 tonnes sur le semestre.

Cette divergence trace le plancher. Tant que la demande officielle absorbe ce que les ETF rendent au marché, la correction reste une correction, pas un retournement de cycle.

Ce que cela change en euros

Pour un épargnant français, la lecture se fait au gramme et en euros, et l’euro a joué le rôle d’amortisseur. Sur les cours de référence relevés chaque jour par GOLDMARKET, le gramme d’or fin a culminé à 128,40 euros le 25 août avant de retomber à 120,06 euros le 1er septembre : un repli de 6,5 % en cinq séances, moins violent qu’en dollars, l’euro s’étant légèrement tassé face au billet vert autour de 1,158. Le 3 septembre à 17 h, le gramme est remonté à 124,61 euros, en hausse de 2,35 % sur la journée.

Ce rebond du jour est cohérent avec la mécanique décrite plus haut : dès que les anticipations de hausse des taux refluent, l’or respire. Il illustre aussi la volatilité nouvelle d’un marché qui, à ces niveaux de prix, bouge de 3 à 4 euros par gramme en une séance. Consultez le cours de l’or du jour avant toute décision.

Les deux scénarios de septembre

Scénario restrictif. La Fed relève ses taux les 15 et 16 septembre et laisse entendre qu’elle n’en a pas fini. Le 10 ans s’installe au-dessus de 4,7 %, le dollar poursuit son rebond. L’or retourne tester la zone des 4 300 dollars, puis le creux de juillet vers 4 050 dollars, soit environ 112 à 118 euros le gramme selon le change. Les ETF continuent de vendre, les banques centrales continuent d’acheter, et le marché se cherche un point d’équilibre plus bas.

Scénario de pause. Les données d’inflation et d’emploi publiées d’ici la réunion déçoivent les faucons, la Fed temporise, les rendements refluent. L’or reprend le chemin de son plus haut d’août, entre 4 450 et 4 500 dollars, avec la zone des 4 900 à 5 000 dollars en ligne de mire pour la fin d’année, niveau que plusieurs grandes banques d’investissement conservaient dans leurs prévisions au printemps.

Scénario restrictif

4 050 $

La Fed relève ses taux et durcit le ton : retour vers 4 300 $, puis le creux de juillet, soit 112 à 118 € le gramme.

Scénario de pause

4 450 – 4 500 $

La Fed temporise, les rendements refluent : l'or reprend le chemin de son plus haut d'août, 4 900 à 5 000 $ en ligne de mire pour la fin d'année.

Ce que nous surveillons, dans l’ordre : la communication de la Fed et l’indice des prix PCE avant le 15 septembre, le rendement du 10 ans américain, l’indice dollar, les statistiques mensuelles de flux des ETF, et bien sûr le détroit d’Ormuz, non pour la peur qu’il inspire, mais pour le pétrole qu’il renchérit.

Ce qu’il faut en retenir, selon que l’on achète ou que l’on vend

Si vous envisagez d’acheter

Pour celui qui envisage d’acheter, une correction de 21 % sur un actif dont la demande structurelle reste intacte n’est pas un signal de danger, c’est une fenêtre. Elle n’impose pas de tout faire en une fois : un achat fractionné, en plusieurs fois sur les prochaines semaines, lisse le risque d’un dernier accès de faiblesse si la Fed durcit le ton. Les pièces d’investissement et lingots les plus liquides restent les supports à privilégier.

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Si vous envisagez de vendre

Pour celui qui envisage de vendre, le gramme à 124 euros reste, malgré le repli, près de deux fois son niveau de 2023. Vendre aujourd’hui, c’est cristalliser un gain considérable ; attendre, c’est parier sur la pause de la Fed. La seule erreur serait de vendre dans la précipitation d’une séance de baisse : les cours de référence sont publics, et une estimation en agence se fait sur le cours du jour, pesée et calcul devant vous.

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Le marché de l’or vit un moment classique de fin de cycle de resserrement monétaire : les capitaux rapides sortent, les capitaux patients entrent. L’histoire des vingt dernières années a systématiquement donné raison aux seconds. Elle ne dit pas à quelle date.

Sources

  1. CME Group – FedWatch Tool, probabilités implicites de baisse des taux · CME Group, 2026-09-01
  2. World Gold Council – Gold Demand Trends, T2 2026 · World Gold Council, 2026-07-30
  3. Bloomberg – Gold slides as Treasury yields climb · Bloomberg, 2026-08-31
  4. Yahoo Finance – Gold futures (GC=F), historique des cours · Yahoo Finance, 2026-09-01
  5. GOLDMARKET – Cours de l’or en direct (EUR/gramme) · GOLDMARKET, 2026-09-03

Cet article est une analyse de marché et ne constitue pas un conseil en investissement. Les cours cités sont ceux du 1er au 3 septembre 2026 et évoluent en continu.

Questions sur ce repli

Pourquoi l'or baisse-t-il alors que la tension monte avec l'Iran ?

Parce que le marché lit désormais chaque escalade comme un facteur d'inflation : le pétrole renchérit, les anticipations d'inflation remontent, une hausse des taux de la Réserve fédérale devient plus probable, et des taux plus élevés pèsent sur un actif qui ne verse ni coupon ni dividende. La prime géopolitique existe toujours, mais elle est dominée par la prime de taux.

Jusqu'où le cours de l'or peut-il descendre en septembre 2026 ?

Dans le scénario restrictif, une hausse des taux les 15 et 16 septembre ramènerait l'once vers 4 300 $, puis vers le creux de juillet autour de 4 050 $, soit environ 112 à 118 € le gramme selon le change. Dans le scénario de pause, l'or reprendrait le chemin de son plus haut d'août, entre 4 450 et 4 500 $.

Est-ce le bon moment pour acheter de l'or ?

Une correction de 21 % sur un actif dont la demande structurelle reste intacte (plus de 530 tonnes achetées par les banques centrales au premier semestre) constitue une fenêtre, pas un signal de danger. Un achat fractionné sur plusieurs semaines lisse le risque d'un dernier accès de faiblesse. Cet article est une analyse de marché, pas un conseil en investissement.

Faut-il vendre son or maintenant ?

À 124 € le gramme, le cours reste près de deux fois son niveau de 2023 : vendre cristallise un gain considérable, attendre revient à parier sur une pause de la Fed. La seule erreur serait de vendre dans la précipitation d'une séance de baisse. Les cours de référence sont publics et une estimation en agence se fait sur le cours du jour, pesée et calcul devant vous.

Emmanuel Legendre

Rédigé par

Emmanuel Legendre

574 articles publiés · Économiste et journaliste, analyste du marché de l'or

Économiste et journaliste, Emmanuel Legendre écrit sur les mécanismes qui font le prix de l'or : taux réels, politique des banques centrales, inflation, dollar, flux ETF. Des analyses techniques et documentées, pour les lecteurs qui veulent comprendre le cours plutôt que simplement le consulter.

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Relu par Rafik Makhlouf, Président-Directeur Général · Tous ses articles →