Cours de l'Or·7 min de lecture
Franc Suisse : Origine et raison du nom « Franc »
Alors que la France et 18 autres pays ont progressivement adopté l’Euro comme monnaie unique au sein de l’Union Européenne, la Suisse a choisi de…

En brefLecture 40 s
- 01Le franc suisse a été créé en 1850, inspiré du système monétaire français, pour unifier les monnaies des cantons suisses.
- 02Son nom, “franc”, a été conservé au fil du temps comme symbole d’indépendance économique et de stabilité nationale.
- 03Le franc suisse en or, notamment la pièce de 20 francs Vreneli, partage les mêmes standards que le Napoléon 20 francs français.
- 04Aujourd’hui encore, le franc suisse est reconnu comme une valeur refuge internationale, prisée pour sa solidité et sa continuité historique.
Sommaire
Alors que la France et 18 autres pays ont progressivement adopté l’Euro comme monnaie unique au sein de l’Union Européenne, la Suisse a choisi de conserver son indépendance, et sa monnaie : le franc suisse. Pourtant adopter une monnaie unique n’a pas toujours été une évidence pour les Suisses, bien au contraire ! Retour sur l’histoire mouvementée du franc suisse.
Napoléon, l’inventeur du premier « franc » suisse
Si la monnaie suisse porte un nom familier, le franc, cela n’est pas un hasard. C’est Napoléon qui en est à l’origine. Fin 1797, Napoléon, qui n’est encore que Premier consul de la République, envahit la Suisse. A de rares exceptions près les autochtones, trop faiblement armés, n’opposent pas de résistance. Dès mars 1798, la première Constitution helvétique est rédigée sur le modèle de la Constitution française.
La première République Helvétique voit ainsi le jour. Les cantons, jusque-là indépendants et possédant des frontières, se transforment en « départements » à la Française. Afin d’unifier le pays et de simplifier les échanges commerciaux – et toujours en utilisant la France comme modèle – Napoléon instaure le franc suisse comme monnaie unique en 1799. Le franc suisse, frappé en argent, doit donc remplacer toutes les monnaies de chaque canton. Mal accepté par la population, le premier franc suisse a du mal à s’imposer.
Dès les années 1800, de nombreux coups d’État et insurrections révèlent la fragilité de l’occupation française en Suisse. En 1802, Napoléon décide de redonner une certaine liberté aux cantons. Certains vont d’ailleurs proclamer leur indépendance et se soulever contre les fédéralistes dans de violents combats alors même que les troupes françaises ont quitté le pays. Napoléon s’octroie alors le rôle de médiateur afin d’apaiser les différents entre les cantons. En avril 1803, l’Acte de médiation entre en vigueur. Parmi les différentes mesures prises se trouve rétablit le droit de frapper monnaie pour chaque canton. Le premier franc suisse, qui était déjà peu utilisé, disparaît.
1850, le retour du franc suisse comme monnaie unique
La fin de l’année 1813 marque aussi celle de l’Empire napoléonien. En décembre la médiation est abandonnée et dès 1815 une nouvelle Confédération Helvétique voit le jour. Mais il faudra attendre 1848 et la naissance de l’État fédéral pour que la question d’une monnaie unique se pose à nouveau. Avec ses 22 cantons et environ 860 monnaies différentes, les échanges commerciaux intérieurs et extérieurs sont en effet très compliqués. Mais quelle monnaie adopter ? Historiquement liée à la France et à l’Allemagne, la Suisse hésite entre le système du franc français et le florin allemand. La Confédération confie à Johann Jakob Speiser, le directeur de la banque de Bâle, le soin d’effectuer un arbitrage entre les deux monnaies. Celui-ci se décide en faveur du franc français dont le système décimal est plus simple lorsqu’il s’agit de conversion. Mais aussi parce qu’à l’époque beaucoup d’échanges commerciaux sont réalisés en francs. En mai 1850, la loi fédérale sur la monnaie unique, le franc suisse, est promulguée malgré l’opposition de nombreux partisans du florin. A partir de cette date, les cantons perdent leur droit de frapper leurs monnaies. Ducats, doublons, batz, kreutzers, denari…Dès 1852 plus de 65 millions de pièces différentes sont retirées de la circulation.
Pourquoi le franc suisse s’appelle toujours “franc” ?
Beaucoup s’interrogent : pourquoi la Suisse a-t-elle conservé le terme « franc », alors même qu’elle n’a jamais rejoint la zone euro ? L’explication est historique. Lorsque la Suisse a adopté sa monnaie unique en 1850, elle s’est inspirée du système monétaire français, dont elle partageait le modèle décimal. À l’époque, les échanges économiques entre les deux pays étaient étroits, et utiliser le mot « franc » permettait de faciliter les transactions et la reconnaissance internationale de la monnaie helvétique. Ce choix s’est ancré dans le temps. Même après la disparition du franc français au profit de l’euro, le franc suisse est resté un symbole d’indépendance économique et politique. Il représente aujourd’hui la stabilité et la fiabilité du pays, valeurs chères aux Suisses. C’est d’ailleurs cette réputation qui contribue à faire du franc suisse – notamment sous forme de pièces d’or comme le 20 Francs Suisse Vreneli – une valeur refuge internationale. En conservant le nom “franc”, la Suisse a donc choisi la continuité et la tradition plutôt que la modernisation à tout prix. Ce mot évoque à la fois un héritage européen partagé et une singularité nationale, deux piliers de l’identité monétaire helvétique. Sur le « nouveau » franc suisse en argent figure Helvetia, l’équivalent de notre Marianne. Dessinée par le graveur Antoine Bovy, elle fut d’abord représentée assise puis debout à partir de 1875, avec un bouclier (avec le blason de la Suisse) et une lance. En 1865, la Suisse entre dans l’Union monétaire latine, aux côtés de la France, l’Italie, la Belgique et plus tard la Grèce. La politique monétaire suisse s’aligne alors sur celle de la France. Afin que le franc suisse puisse circuler et changé facilement dans ces pays (et inversement), les pièces doivent avoir le même poids en argent (4,5 grammes), et en or (0,29 gramme). Cette décision, prise à Paris, impliqua que la Suisse émette de nouveaux francs en or dès 1873. Ainsi le célèbre 20 Francs Vreneli (ou tête d’Helvetia) possède exactement les mêmes caractéristiques que le Napoléon 20 francs or français. Les premiers billets font quant à eux leur apparition en 1907, en même temps que la première banque centrale suisse.
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Le franc suisse résiste aux guerres et à l’euro!
La Première Guerre Mondiale marqua la fin de l’Union monétaire latine. Et le krach boursier de 1929, l’abandon de l’étalon or dans beaucoup de pays mais pas la Suisse qui décida d’y rester fidèle. Il faudra attendre 1936 et une importante dévaluation du franc français, de la livre britannique et du dollar américain (30% en moins) pour que la Suisse décide d’indexer sa monnaie sur le cours du dollar. Mais pas question pour autant de changer le nom de sa monnaie en dollar suisse ! En décembre 1992, la population suisse vote non (50,3%) à l’adhésion à l’Union Européenne, ce qui implique également un « non » à l’Euro. La Suisse garde donc le franc suisse comme monnaie, envers et contre presque tous les pays qui l’entourent. Alors que le pays avait décidé de se lier à nouveau au franc français en 2011, avec un taux de change fixe (ou taux plancher) à 1,20 franc suisse pour 1 euro, la Banque Nationale Suisse (BNS) décide de s’en séparer en 2015, affirmant une nouvelle fois son indépendance.
L’histoire du franc suisse est pleine de rebondissements, et bien éloignée d’un pays surtout connu pour sa tranquillité et sa stabilité. C’est justement cette dernière et l’attachement des Suisses à leur monnaie qui fait du franc suisse – notamment en or – une valeur refuge appréciée à l’international. Et même si la frappe de francs suisses en or a été abandonnée en 1949 et les francs en argent en 1967 (la valeur du métal était plus élevée que la valeur nominale de la pièce), il est toujours possible d’investir en achetant des francs suisses en or.
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Rédigé par
Rafik Makhlouf
1013 articles publiés · Président-Directeur Général
Rafik Makhlouf dirige GOLDMARKET, maison familiale et indépendante spécialisée dans les métaux précieux, dont le siège est établi Avenue des Champs-Élysées. À la tête d'une maison dont le métier consiste à préserver, valoriser et transmettre la valeur de l'or dans le temps, il analyse ce que les mouvements du métal révèlent des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.
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