Economie & Bourse·7 min de lecture
Attaque de drones sur Moscou : pourquoi le cours de l’or de la semaine n’en porte pas la trace
L’attaque ukrainienne sur Moscou s’est produite dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 septembre 2026, alors que les marchés de l’or étaient fermés depuis vendredi soir. La hausse de 2,61 % enregistrée sur la semaine du 14 au 18 septembre lui est donc antérieure : elle vient de la Réserve fédérale et du pétrole, pas de Moscou.
Sommaire
- Ce qui s’est passé à Moscou, et à quelle heure exactement
- Le cours de l’or du 14 au 18 septembre : +2,61 %
- Le moteur réel : une hausse de taux, puis une détente du pétrole
- Ce que l’argent confirme, et que l’or seul ne dirait pas
- Ce qu’il faut surveiller à la réouverture
- Ce que cela signifie pour un détenteur de métal en France
- Sources et méthode
Ce qui s’est passé à Moscou, et à quelle heure exactement
Dans la nuit du samedi au dimanche, l’Ukraine a lancé plus d’un millier de drones vers le territoire russe. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a fait état de 450 appareils abattus en direction de la capitale et a qualifié l’attaque de sans précédent. Le bilan communiqué par les autorités russes fait état de deux morts dans la région de Moscou. L’opération est intervenue le troisième et dernier jour des élections législatives russes.
Un point retient l’attention d’un analyste de marché plus que les autres : la raffinerie de Moscou a été touchée. Le site traite de l’ordre de onze millions de tonnes de pétrole par an, ce qui en fait l’une des plus grandes unités de raffinage russes. Aucun blessé n’a été signalé sur l’installation.
La chronologie est ici décisive. Le marché de l’or traite en continu du dimanche soir au vendredi soir. Lorsque les drones ont atteint la région de Moscou, la dernière cotation remontait au vendredi 18 septembre. Aucun ordre n’a pu être passé, aucun prix n’a pu se former. Toute analyse qui attribuerait à cette attaque un mouvement de l’or observé cette semaine inverserait l’ordre des causes et des effets.
Le cours de l’or du 14 au 18 septembre : +2,61 %
Voici le relevé quotidien GOLDMARKET, en euros par gramme d’or fin, capté chaque soir après la clôture américaine.
| Séance | Or fin (€/g) | Variation |
|---|---|---|
| Vendredi 11 septembre | 120,5613 | — |
| Lundi 14 septembre | 119,4620 | − 0,91 % |
| Mardi 15 septembre | 119,6879 | + 0,19 % |
| Mercredi 16 septembre | 119,6215 | − 0,06 % |
| Jeudi 17 septembre | 121,6801 | + 1,72 % |
| Vendredi 18 septembre | 122,5791 | + 0,74 % |
Rapportée à l’once troy, la semaine mène de 3 715,69 € à 3 812,64 €. Au taux de change de 1,146 dollar pour un euro, cela place la cotation internationale aux alentours de 4 369 dollars l’once vendredi soir.
La lecture du tableau est sans ambiguïté : toute la performance de la semaine tient à la seule séance du jeudi 17 septembre, qui apporte 1,72 % des 2,61 % du total. Les trois premières séances laissent le métal sous son niveau du vendredi précédent. Le mouvement est daté, et il est daté de deux jours avant l’attaque.
Le moteur réel : une hausse de taux, puis une détente du pétrole
Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur d’un quart de point, à 3,75 %-4,00 %. C’est sa première hausse depuis 2023, décidée à l’unanimité, assortie de projections qui laissent entrevoir au moins un relèvement supplémentaire d’ici la fin de l’année.
Un manuel d’économie prédirait une baisse de l’or : le métal ne verse pas de coupon, et toute rémunération supplémentaire du cash lui est défavorable. C’est l’inverse qui s’est produit le lendemain. Trois éléments l’expliquent.
- Les rendements obligataires ont reflué après leur pic consécutif à la décision. Ce qui compte pour l’or n’est pas le taux directeur mais le taux réel à long terme.
- Le pétrole a nettement cédé du terrain, de l’ordre de 4 % sur la seule séance du 17 septembre. Un baril qui baisse, ce sont des anticipations d’inflation qui refluent — et un argument de moins pour que la Fed poursuive.
- Les fonds indiciels adossés à l’or ont enregistré huit séances consécutives de collecte, signe que les investisseurs institutionnels s’étaient positionnés avant la décision.
Autrement dit, la hausse de la semaine est une hausse de taux réels en repli, pas une prime de risque géopolitique. La nuance n’est pas académique : ces deux moteurs n’ont ni la même durée de vie, ni la même sensibilité aux nouvelles.
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Ce que l’argent confirme, et que l’or seul ne dirait pas
Le test le plus simple pour distinguer un mouvement de peur d’un mouvement de taux consiste à regarder l’argent, et surtout le rapport entre les deux métaux.
Sur la même semaine, l’argent est passé de 1,7577 € à 1,8581 € le gramme, soit + 5,71 % — plus du double de l’or. Le ratio or/argent s’est en conséquence contracté, de 67,96 à 65,97.
Ce sens de variation est déterminant. Lors d’un choc géopolitique, les capitaux se portent sur l’or et délaissent l’argent, dont plus de la moitié de la demande est industrielle : le ratio s’élargit. Lorsque le moteur est monétaire — taux réels en repli, inflation anticipée qui se calme —, les deux métaux montent et l’argent, plus volatil, va plus vite : le ratio se resserre. Cette semaine, il s’est resserré de près de trois points de pourcentage.
Le marché n’a donc pas acheté de la protection. Il a acheté un scénario de taux. C’est une conclusion que l’on peut vérifier sur nos propres relevés, sans avoir à l’emprunter à quiconque.
Ce qu’il faut surveiller à la réouverture
L’attaque de Moscou est sans effet sur la semaine écoulée. Elle n’est pas sans effet potentiel sur la suivante — mais le canal de transmission n’est probablement pas celui auquel on pense d’abord.
La prime de risque géopolitique pure s’est considérablement émoussée depuis trois ans. Les frappes sur le territoire russe ne sont plus une surprise pour un marché qui en a absorbé des dizaines ; leur effet sur l’or se mesure désormais en heures, rarement en jours, et il se rétrocède le plus souvent aussi vite qu’il apparaît.
Le canal sérieux est le pétrole. Les frappes ukrainiennes ont déjà mis hors service une part notable de la capacité de raffinage russe, au point de provoquer des pénuries de carburants et des files d’attente dans plusieurs régions. Ajouter à cette liste l’une des plus grandes raffineries du pays n’est pas un événement symbolique. Le Brent s’échangeait autour de 99 dollars le 19 septembre, après avoir nettement reflué en fin de semaine.
D’où une tension à surveiller, et deux issues qui se contredisent :
- Si le baril rebondit durablement, les anticipations d’inflation remontent. L’or peut en profiter comme couverture — mais cela renforce aussi la main de la Fed pour un nouveau relèvement, ce qui joue contre lui. C’est précisément le mécanisme qui l’a fait monter jeudi, pris à l’envers.
- Si le marché juge la perte de capacité circonscrite, le baril refluera et la séquence de la semaine se prolongera, sans que Moscou n’y ait rien changé.
Deux repères permettront de trancher rapidement : le comportement du Brent à l’ouverture asiatique, et surtout celui du ratio or/argent. S’il repart à la hausse, la peur aura repris la main. S’il poursuit sa contraction, le scénario de taux tient toujours.
Ce que cela signifie pour un détenteur de métal en France
Trois observations, sans recommandation.
La première tient au change. Le prix payé en France est le cours international multiplié par le taux de change, ici 1,146 dollar pour un euro. Une partie des variations ressenties au gramme ne vient pas du métal mais de la monnaie de mesure. On peut suivre les deux séparément sur notre cours de l’or en direct et sur la page du fixing de Londres.
La deuxième tient à la nature des mouvements. Une hausse portée par les taux réels a une inertie de plusieurs semaines ; une hausse portée par un titre de presse se rétrocède souvent en quelques séances. Confondre les deux conduit à prendre une décision durable sur la foi d’un signal éphémère.
La troisième tient au titre de l’objet. Un bijou ne suit pas le cours de l’or fin mais sa fraction, fixée par son titre au millième : un objet en or 18 carats en contient 750 pour mille, un objet en or 24 carats la totalité. Les 2,61 % de la semaine s’appliquent à cette fraction, pas au poids brut. Le cours de l’argent obéit à la même logique.
Sources et méthode
Les cours cités sont issus du relevé quotidien GOLDMARKET, capté chaque soir après la clôture américaine et exprimé en euros par gramme d’or fin. Les valeurs par titre en sont déduites par multiplication ; aucune n’est reprise telle quelle d’un champ extérieur. Les variations en pourcentage sont calculées de clôture à clôture.
Éléments factuels sur l’attaque et sur les marchés : Bloomberg, CNN, NBC News, Al Jazeera, USAGOLD, FXStreet.
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Cet article est une analyse de marché à caractère général. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal personnalisé. Le cours des métaux précieux varie à la hausse comme à la baisse. GOLDMARKET n’est pas un conseiller en investissement financier et ne délivre aucune recommandation personnalisée.
Rédigé par
Rafik Makhlouf
1003 articles publiés · Président-Directeur Général
Rafik Makhlouf dirige GOLDMARKET, maison familiale et indépendante spécialisée dans les métaux précieux, dont le siège est établi Avenue des Champs-Élysées. À la tête d'une maison dont le métier consiste à préserver, valoriser et transmettre la valeur de l'or dans le temps, il analyse ce que les mouvements du métal révèlent des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.
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