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Analyses Marché·8 min de lecture

La Chine achète de l’or depuis 22 mois : ce qui a changé en 2026

Analyse du mercredi 23 septembre 2026, par Rafik Makhlouf. Les données officielles chinoises citées ici proviennent des relevés du World Gold Council arrêtés au 31 août 2026 ; les cotations en euros proviennent du relevé GOLDMARKET du 23 septembre 2026. Les marchés évoluent : ces chiffres sont datés et ne se mettent pas à jour tout seuls.

Sommaire
  1. Les chiffres, d’abord
  2. La vraie clé de lecture est la pause de 2024
  3. L’accélération, chiffrée
  4. Neuf pour cent : le chiffre qu’il faut regarder
  5. Le contresens à éviter : les banques centrales achètent moins, pas plus
  6. La demande chinoise change de nature
  7. L’hypothèse des achats non déclarés : ce qu’on peut en dire honnêtement
  8. Ce qui pourrait casser la séquence
  9. Ce que ça change concrètement, en France
Lingots d'or brillants empilés et une carte stylisée de la Chine.

La Banque populaire de Chine a déclaré un vingt-deuxième mois consécutif d’achats d’or en août 2026. Ses réserves officielles atteignent 2 387 tonnes, soit 9 % de ses réserves de change. Mais la séquence n’est pas l’information intéressante : ce qui a changé cette année, c’est le rythme. Il a triplé.

Les chiffres, d’abord

IndicateurValeurArrêté au
Mois consécutifs d’achats déclarés2231 août 2026
Achat du mois d’août20,2 taoût 2026
Réserves d’or officielles2 387 t31 août 2026
Part de l’or dans les réserves de change9 % (8 % en juillet)31 août 2026
Rang mondial des détenteurs déclarés6ejuillet 2026
Cumul depuis le 1er janvier 2026≈ 81 t31 août 2026

Sources : China gold market update, World Gold Council, septembre 2026 et Central Bank Gold Statistics, World Gold Council, septembre 2026, d’après les données de la State Administration of Foreign Exchange et du FMI. L’achat d’août est le plus important en un mois depuis octobre 2023.

La vraie clé de lecture est la pause de 2024

On présente souvent ces achats comme un flux continu. Ils ne l’ont pas été. La séquence précédente a duré dix-huit mois, de novembre 2022 à avril 2024. Puis la Banque populaire de Chine s’est arrêtée six mois, de mai à octobre 2024, avant de reprendre en novembre 2024 avec 5 tonnes et des réserves à 2 264 tonnes.

Cette pause est le renseignement le plus utile de tout le dossier. Elle dit qu’en 2024, l’institution n’achetait pas à n’importe quel prix : elle s’est retirée quand le métal est monté, et elle est revenue plus tard. Un acheteur qui se comporte ainsi est un acheteur opportuniste, qui arbitre un point d’entrée.

C’est exactement ce qui rend 2026 remarquable. Cette année, la banque centrale accélère pendant que le prix monte — le cours de référence LBMA a pris 13 % en dollars sur le seul mois d’août. Un acheteur opportuniste aurait levé le pied. Elle a fait l’inverse.

L’accélération, chiffrée

Le World Gold Council donne deux points de repère : 2 366 tonnes fin juillet 2026 pour 60 tonnes accumulées depuis janvier, et 2 387 tonnes fin août. On en déduit un encours de l’ordre de 2 306 tonnes à la fin de 2025. Le calcul qui suit est le nôtre, à partir de ces relevés :

PériodeVariationDuréeRythme moyen
Fin nov. 2024 → fin déc. 2025+42 t13 mois≈ 3,2 t/mois
Janv. 2026 → fin août 2026+81 t8 mois≈ 10,1 t/mois

Le rythme a été multiplié par trois. Et il s’est encore tendu en fin de période : les achats mensuels sont à deux chiffres depuis mai 2026, avec 20 tonnes en juillet et 20,2 tonnes en août. Sur l’ensemble de la séquence en cours, les réserves passent de 2 264 tonnes fin novembre 2024 à 2 387 tonnes fin août 2026, soit +123 tonnes.

Une précision de méthode : l’encours de fin 2025 est reconstitué, pas publié tel quel. Nous l’obtenons par différence entre deux relevés du World Gold Council, et les deux se recoupent (2 366 + 20,2 ≈ 2 387). L’ordre de grandeur est fiable ; la décimale ne l’est pas.

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Neuf pour cent : le chiffre qu’il faut regarder

La tonne est une unité de communication. Pour un gestionnaire de réserves, la variable de décision est la part de l’or dans le total. Celle de la Chine vient de passer de 8 % à 9 %. Situons-la parmi les autres acheteurs actifs :

Banque centraleOr détenuPart des réserves
Ouzbékistan≈ 431 t87 %
Kazakhstan—75 %
Pologne640 t (cible 700 t)28 %
Chine2 387 t9 %
République tchèque84 t6 %

Source : World Gold Council, relevés de juillet et août 2026. La Chine est sixième en tonnage et avant-dernière en proportion : elle détient beaucoup d’or en valeur absolue parce que ses réserves de change sont énormes, pas parce qu’elle y consacre une part importante.

C’est là que se trouve le vrai enjeu de marché. À 2 387 tonnes pour 9 %, chaque point de pourcentage pèse environ 265 tonnes, à réserves totales inchangées. Porter la part de 9 % à 15 % — ce qui resterait très en dessous de la Pologne — supposerait d’acquérir de l’ordre de 1 600 tonnes supplémentaires. À titre de comparaison, l’ensemble des banques centrales de la planète a déclaré environ 130 tonnes d’achats nets depuis janvier 2026.

Ce calcul est une mise en perspective, pas une prévision. Rien n’indique que la Chine vise 15 %, et une acquisition de cette taille étalée sur des années n’aurait pas le même effet que concentrée sur douze mois. Mais il donne la mesure de ce qu’un simple changement d’allocation représente sur un marché où l’offre annuelle est contrainte.

Le contresens à éviter : les banques centrales achètent moins, pas plus

La formule « les banques centrales accumulent de l’or » est devenue un lieu commun. Les données de 2026 la contredisent partiellement. Depuis janvier, les achats nets déclarés par l’ensemble des banques centrales s’établissent autour de 130 tonnes, contre environ 160 tonnes sur la même période l’an dernier. Le total recule.

Autrement dit, la Chine ne surfe pas sur une vague : elle prend des parts dans un agrégat qui se réduit. Sur le seul mois de juillet, les achats nets mondiaux se sont élevés à 23 tonnes, dont 20 pour la Chine — elle a représenté à elle seule l’essentiel du solde net de la planète. Dans le même temps, la Russie a vendu 6 tonnes, la Turquie, la Jordanie et l’Ouzbékistan une tonne chacun.

Cette nuance change l’interprétation. Un mouvement collectif de diversification et une décision nationale isolée ne portent pas le même message, et ne présentent pas le même risque de retournement.

La demande chinoise change de nature

Pendant que l’État achète, le consommateur chinois se retire. Les sorties d’or de la Shanghai Gold Exchange — la mesure de référence de la demande de gros — sont tombées à 62 tonnes en août, en recul de 22 % sur un mois et de 27 % sur un an, une baisse contraire à la saisonnalité habituelle. La bijouterie reste faible, pénalisée par un prix élevé et par une charge de TVA alourdie par rapport à l’an dernier.

À l’inverse, la demande d’investissement progresse nettement : les ETF chinois adossés à l’or ont collecté 11 tonnes en août pour atteindre 293 tonnes d’encours, et les volumes quotidiens sur les contrats à terme du Shanghai Futures Exchange ont bondi de 36 % en un mois, à 396 tonnes par jour.

La lecture qui s’impose est celle d’une rotation : en Chine, l’or cesse d’être un bien de consommation pour devenir un actif financier et un actif de réserve. C’est un changement de nature, pas seulement de volume — et il est plus durable qu’une variation de prix.

L’hypothèse des achats non déclarés : ce qu’on peut en dire honnêtement

Une thèse circule de longue date : les achats réels de la banque centrale chinoise dépasseraient ce qu’elle publie. On l’étaye généralement par l’écart entre les importations nettes du pays — 118 tonnes pour le seul mois de juillet — et les 20 tonnes déclarées par l’institution.

Cet écart est réel, mais il ne prouve rien par lui-même : les importations alimentent d’abord la bijouterie, les ETF, les contrats à terme et la thésaurisation privée, qui absorbent l’essentiel du flux. La thèse reste une hypothèse plausible et non démontrée. Nous la mentionnons parce qu’elle pèse sur les anticipations du marché, pas parce que nous serions en mesure de la trancher. Un investisseur qui construirait une position sur cette seule base s’appuierait sur une conviction, pas sur une donnée.

Ce qui pourrait casser la séquence

Trois éléments méritent d’être suivis, et aucun n’est théorique.

La Chine sait s’arrêter. Elle l’a fait six mois en 2024. Une séquence de vingt-deux mois ne garantit pas le vingt-troisième.

Des banques centrales vendent déjà. La Russie et la Turquie étaient vendeuses nettes en juillet. Et le gouverneur de la banque centrale d’Ouzbékistan a publiquement indiqué envisager des cessions « à des prix favorables » — avec 87 % de ses réserves en or, cette institution a beaucoup à vendre si elle le décide.

Le contexte monétaire américain s’est retourné début septembre. Après les propos du président de la Réserve fédérale à Jackson Hole le 28 août et de solides chiffres de l’emploi, le marché s’est remis à anticiper une hausse des taux américains. Des taux réels plus élevés sont historiquement un vent contraire pour l’or, qui ne verse aucun revenu.

Ce que ça change concrètement, en France

Au relevé GOLDMARKET du 23 septembre 2026, l’or fin ressort à 121,5634 € le gramme, soit 3 781,05 € l’once troy et 121 563 € le kilogramme, en repli de 0,65 % sur la veille. Il s’agit d’une valeur théorique de métal : ce n’est ni un prix de vente, ni une offre ferme de rachat.

La demande des banques centrales n’est pas ce qui fait bouger un cours d’une séance à l’autre — 20 tonnes par mois, c’est peu face aux volumes quotidiens des marchés financiers. Son effet est ailleurs : c’est une demande structurelle, peu sensible au prix et qui ne revend pas. Elle agit comme un plancher lent, pas comme un moteur de hausse. Confondre les deux conduit à surinterpréter chaque communiqué mensuel.

Pour qui détient de l’or, cela ne dicte aucune décision. Pour qui envisage d’en acheter, le paramètre déterminant reste le montant réellement payé au gramme d’or fin, frais compris : à cours identique, deux formats ne reviennent pas au même. Nos lingots et lingotins d’or affichent cette prime format par format, et la page cours de l’or en donne l’historique. Pour une vente, nos douze agences évaluent au cours du jour.

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Information économique générale, sans recommandation personnalisée. L’or présente un risque de perte en capital et ne verse aucun revenu. Les cotations de cet article sont datées et ne se mettent pas à jour automatiquement. Les données officielles chinoises sont celles publiées par la State Administration of Foreign Exchange et reprises par le World Gold Council ; elles peuvent faire l’objet de révisions.

Rafik Makhlouf

Rédigé par

Rafik Makhlouf

1003 articles publiés · Président-Directeur Général

Rafik Makhlouf dirige GOLDMARKET, maison familiale et indépendante spécialisée dans les métaux précieux, dont le siège est établi Avenue des Champs-Élysées. À la tête d'une maison dont le métier consiste à préserver, valoriser et transmettre la valeur de l'or dans le temps, il analyse ce que les mouvements du métal révèlent des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.

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